Rroms, prisons, élections
Lu sur internet: Rroms, prisons, élections, rentrées des classes. On retrouve Genève, la Suisse, l'Europe, le monde (on vous épargne la galaxie) à peu près dans l'état où on les avait laissés, à un Kadhafi déboulonné et un DSK relaxé près, il y a deux mois, lorsque s'est ouverte la longue période des vacances d'été : racisme ordinaire, démagogie sécuritaire, prolifération carcérale, fonds de poubelles électorales... Et la proximité des élections fédérales n'arrange rien : Lüscher dépasse Nydegger sur la droite, Rochat annonce des centaines de policiers en plus dans la rue sans en avoir la queue d'un à disposition, Zappelli dit n'importe quoi et Chevrolet ouvre sa poubelle facebook pour s'étonner ensuite de ce que ses « amis » (n'a-t-on pas ceux que l'on mérite ?) viennent y déposer leurs ordures. C'est la rentrée. Mais c'est par où, la sortie ? Eppur si muove Chasser les pauvres plutôt que combattre la pauvreté, engeôler les mendiants plutôt que les margoulins de la haute finance, prendre les « sentiments populaires » pour vérité d'évangile, hurler à tout vent que « Genève, c'est le Bronx » : ceux qui auraient quitté Genève début juillet pour la retrouver fin août ne seront pas dépaysés : les mêmes miasmes y stagnent, les mêmes politicards plastronnent en exigeant « plus de sévérité » pour «éradiquer la mendicité» (mais celle des Rroms, pas celle des mendiants indigènes, ni celle, institutionnelle, qui voit tel club sportif faire le siège de la Ville pour qu'on lui paie les salons VIP où se poseront peut-être, un jour, les augustes fessiers de providentiels sponsors), les mêmes sonores âneries sont proférées devant les mêmes caméras, avec la même assurance et la même complaisance à les recueillir... Le mendiant Rrom fait toujours recette électorale et c'est bien aussi l'imminence des élections fédérales qui contribue à expliquer la nouvelle crise de prurit sécuritaire des libéraux-radicaux, l'ineffable Zappelli en tête des gratteurs de couenne (il est vrai qu'il a dix ans d'incurie autosatisfaite et un piteux procès de la Banque Cantonale à faire oublier) . Et la Conseillère d'Etat Isabel Rochat d'annoncer qu'elle va mettre dans la rue, bien visibles et dissuasifs, 200 ou 300 policiers supplémentaires qu'elle n'a pas. Et le PLR de réclamer des « peines-planchers de l'ordre d'un quart à un tiers de la peine maximale encourue » (on a bien fait d'abolir la peine de mort, cela nous évite au moins d'entendre le PLR nous proposer des amputations « d'un quart à un tiers » du corps des condamnés). La prison n'étant dissuasive pour aucun délinquant, on voit mal à quoi pourrait aboutir le système proposé par le PLR, si ce n'est, comme en France ou un tel système est déjà appliqué, à bourrer les prisons ou à ne pas exécuter les peines. Il est vrai que des prisons, le PLR (comme toute la droite, et sans opposition audible de la gauche) en veut toujours plus. Et que la cellule carcérale est le seul type de logement social qu'elle se révèle capable de promouvoir. Le gouvernement genevois veut 200 à 300 policiers « visibles » de plus dans les rues. Il ne les a pas. La cheffe de la police, à qui la Tribune demande si elle ne devra pas « renoncer à certaines tâches effectuées par la police pour répondre aux exigences du Conseil d'Etat», soupire : « il faudra se poser la question ». C'est cela, posez-vous la question, cheffe, c'est déjà y répondre : n'y-a-t-il pas plus important à faire faire à la police que vider les sébiles des mendiants ? Et plus intelligent à faire de l'argent dont on dispose qu'en chier des prisons ? En attendant l'improbable réponse à ces impertinentes questions, disons ici ce qu'il ne convient pas de dire, surtout en période électorale : que Genève est une ville depuis 2000 ans, une ville-frontière depuis 500 ans et une ville riche depuis 300 ans. Que les villes, partout et toujours, concentrent tout, y compris la délinquance; que les villes-frontières, partout et toujours, y ajoutent une délinquance importée; que les villes riches, partout et toujours, attirent les pauvres. L'évidence est celle-ci, aveuglante: on aura beau multiplier les prisons, décupler les effectifs policiers, rétablir le pilori pour les mendiants et les camps pour les Rroms, clamer à tous vents qu'on va instaurer la « tolérance zéro » et faire de Genève un camp retranché) de luxe, de calme et de voluptés sonnantes et trébuchantes, Genève ne cessera ni d'être une ville, ni d'être une ville frontière, ni d'être une ville riche, ni d'être une ville vivante. Avec tout ce que la vie et la ville trimballent d'emmerdements, n'en déplaise aux hygiénistes de tous bords et aux démagogues de tous poils. Pascal Holenweg
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